Déconstruction

Les théories économiques sont incapables d'expliquer le monde

Noémie Adam-Cuvillier

" Même un système de représentations vaste et complexe, verbal et visuel, n’a pas de rapport intrinsèque, incorporé, magique, avec ce qu’il représente – un rapport qui serait indépendant de la façon dont il a été produit, et de ce que sont les dispositions du locuteur ou du penseur. Et ceci reste vrai, que le système de représentations (les mots et les images, par exemple) soit physiquement réalisé – les mots étant écrits ou prononcés, les images étant des images physiques – ou qu’il soit seulement réalisé dans la pensée. Les images mentales et les mots pensés ne représentent pas intrinsèquement ce dont ils sont la représentation. " 

Hilary Putnam, Reason, Truth and History / Raison, vérité et histoire (1981 / 1984)

De la pensée économique

I - Deux conceptions de l'histoire de la pensée coexistent:

A - Succession hiérarchisée avec l'idée de progression, de progrès: il y a eu et puis il y a eu, etc.

Dans ce sens, tous les économistes appartiendraient au même espace de pensée: ARISTOTE,  THOMAS D'AQUIN, BOIGUILLEBERT, QUESNAY, RICARDO, MARX, WALRAS, SCHUMPETER, KEYNES, FRIEDMAN...

Or, non seulement ces différents auteurs ont différentes problématiques :
              - ARISTOTE, la morale économique
              - RICARDO, l'équilibre et la dynamique
              - MARX,la reproduction socio-économique
              - KEYNES, le circuit
              - FRIEDMAN, la règle monétaire
mais, les socles mêmes sur lesquels s'élèvent leurs théories peuvent être distingués. Ainsi MARX et WALRAS sont dans la filiation de RICARDO.

B - Conception plus épistémologique ou plus archéologique (au sens archéologie du savoir).

Si toute prospective suppose l'inventaire des théories existantes, ce dernier n'est pas seulement économiqure. Il déborde sur notre culture toute entière et jette les ponts sur une réflexion multidisciplinaire : historique, philosophique, anthropologique, juridique autant qu'économique. En tant que sciences sociales, elles ont toutes la même intelligibilité, en raison de leur profonde unité conceptuelle. 

Il s'agit d'aller chercher au fond de la pensée, dans ses racines, dans ce qui la conditionne, l'autorise, la détermine tout à la fois (sa structure générative en quelque sorte).

Chaque époque se caractérisepar une problématique, liée inconditionnellement à une grille d'interprétation, 

De fait, l'économie est une discipline imprégnée de valeur et étroitement liée aux options politiques de ses praticiens. Le fait économique n'est rien d'autre qu'un fait social.

Dans cette quête philosophique de l'économie, il est ici bien  plus question d'hypothèse de vraisemblance que de théorie véridique.

II - Un nouveau savoir s'est constitué. Les bases mêmes de la connaissance se modifient et s'établissent différemment :
          

             Grammaire Générale      ->  Linguistique

             Histoire Naturelle            ->  Biologie

             Analyse des Richesses  ->  Economie Politique -> Valeur

La connaissance se réorganise. De nouveaux systèmes de pensée apparaissent, organisées à partir d'un centre inconnaissable, abstrait, transcendant : langue, vie, valeur. Le sujet atemporel de Kant est ici le résultat d'une pratique historique.

Dans le domaine économique la Richesse devient la  Valeur. Il y a déplacement de l'intégration : on passe de la primauté de l'échange à celle de la production.

Dés lors, si la Valeur est le fondement de l'Equivalence, se pose la question de ce qui détermine la Valeur.

On entre ainsi de plein pied dans l'économie politique et sa critique, par l’Ethique à Nicomaque d' ARISOTTE : 

« Ce qui fait l’échange proportionnel, c’est la conjonction de termes diamétralement opposés : mettons un bâtisseur [A], un cordonnier [B], une maison [C] et une chaussure [D] : il faut donc que le bâtisseur reçoive du cordonnier son travail à lui qu’il lui donne en retour le sien.(…) Il n’y aura pas [d’échange ni d’association] entre eux si les choses échangées ne sont pas égales d’une certaine façon. Il faut donc qu’un certain étalon permette de tout mesurer (…). Et cet étalon en vérité, c’est le besoin, lequel assure la cohésion de tout dans la communauté (…). La monnaie est devenue une sorte de substitut du besoin, à titre conventionnel. Et c’est pour cela qu’elle porte le nom de monnaie [nomisma], parce qu’elle tient, non pas à la nature, mais à la loi [nomos] et qu’il ne tient qu’à nous d’en changer et de la retirer de l’usage ».

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Aliénation

  • Daniel Adam
  • Daniel Adam

Les statistiques de l'économisme dissimulent une " terra incognita " où se prélassent activement les riches et où survivent les pauvres, sous le joug crétin du destin. L'acte de propriété, associé aux revenus extorqués du travail d'autrui, sépare l'indigent du nanti.

Entre les deux, un magma de ménages plus ou moins ordinaires qu'un " matheux" saucissonne pour les besoins de son analyse de l'écart social.

Les chiffres n'expliquent rien, ils constatent et banalisent un glissement vers la paupérisation absolue et le rêve d'une richesse relative.

L'économie de marché est notre seule référence : la globalisation n' est condamnée, bien souvent, qu'en raison des inégalités qu'elle génère dans la répartition des revenus. 

La compétitivité mondiale réclame de nos fumeux économistes des recettes aussi contradictoires que la dérégulation totale ou le protectionnisme. Avec des concepts comme flexi-sécurité ou monnaie forte, nos racornis du bulbe, tous issus du même moule éducatif, ouvrent la boîte de Pandore qui libère la chienne misère.

Le statut économique, en tant que besoin, n'est pas suffisant pour la compréhension des inégalités sociales.

Par la démystification de la science économique, nous pouvons saisir le " comment ". Qu'en-est-il du " pourquoi " ?

L'aliénation, de l'être fabriqué, explique l'appauvrissement de la vie vécue : l'être se dégrade en avoir. Et comme la société, du fait de sa fragmentation en différentes sphères d'activité, perd son caractère unitaire, il suffit de mettre le monde en spectacle par une permutation de l'avoir en paraître.

Ainsi, l'aliénation est bien le noyau même de notre système économique, dans lequel la lâcheté s'exprime véritablement comme une agression d'autrui !

Daniel Adam - 2009

Daniel Adam