Etat de fait

Quand le holisme se marie au réductionnisme

a - la maxime peircéenne jette les bases d’une théorie de la signification fondée sur l’analyse des conséquences produites dans l’expérience par le fait de tenir une croyance pour vraie et d’agir selon ce qu’elle dicte ;

bla conception deweyenne de l’enquête définit le raisonnement et la connaissance en termes d’activités se déployant dans l’espace situationnel de pratiques sociales de tout genre ;

c -  l’empirisme radical de William James met en place une ontologie fondée sur les notions de devenir, de flux, de singularité qui résiste à toute sur-détermination théorique externe ;

dl’anthropologie et la psychologie sociale de Dewey et de Mead se fondent sur une conception de l’action humaine et de la vie sociale centrée sur l’idée d’un rapport dynamique sans cesse repris entre les habitudes socialement instituées et la créativité individuelle ;

e -  la philosophie politique de Dewey se fonde sur une notion de public politique définie à partir de la notion de conséquences : ce qui définit une collectivité politique ne sont pas les traits formels comme la naissance ou la citoyenneté mais c’est le fait de se reconnaître comme étant affecté de manière directe et indirecte par un ensemble donné de conséquences, dont il s’agit d’assurer la maîtrise ;

fla théorie de la normativité de Frederick Will se fonde sur une conception des normes comme étant immanentes aux situations et dès lors toujours en train d’être engendrées et révisées dans le cours de leur usage en pratique.

Roberto FREGA, Qu’est-ce une pratique ? (2015)


L'économie-politique actuelle se caractérise, entre autres, par :

  • - un dilemme inévitable dû au degré de complexité de nos sociétés : toute représentation intellectuelle est totalitaire et univoque. Or, l'expérience vient immanquablement contrarier, par l’enquête pragmatiste, cette interprétation en proposant des données nouvelles. C'est la raison de l'effondrement de tous les systèmes de mise en ordre du monde : philosophiques, physiques ou politiques.

  • - un mouvement mondial de contestation d'une efficacité économique qui appauvrit l'homme de la nature en produisant des pseudo-richesses. Les tenants du " penser globalement pour agir localement ", sont abusés par la notion de concurrence, terme majeur du néolibéralisme et bien trop étroit en économie, et par l'articulation aliénante entre production et consommation. Leurs affirmations théorisantes ne sont pas inexactes :  elles sont incomplètes. On ne peut rien expliquer en restant au niveau de la structure des entreprises, fussent-elles multinationales, ou de l'économie " pure." L' époque nous commande de rendre les schémas les plus particuliers possibles : pas de théorie générale sans analyses locales.

  • - un développement qui a atteint son seuil critique. Face à une obsolescence programmée des produits, initiée à Genève dès 1924 par le " cercle de Phoebus ", les objecteurs de croissance dénoncent une publicité qui construit des besoins artificiels et génère la frustration grâce à un crédit qui nous en donne les moyens. De fait, nous dégradons plus notre nature, dont la biodiversité est l'un de ses visages, que nous lui laissons la possibilité de se régénérer. Le concept de décroissance nous invite à la prise de conscience individuelle afin de passer à l'acte collectif pour nous extraire de cette démence du capital-serving. Dans cette dénonciation de l'accumulation capitaliste, je suis à l'opposé des fondamentalistes de l'écologie que sont les aménageurs de la mondialisation par le développement durable ! L'écologie est l'affirmation de l'intérêt local qui reprendra ses droits du fait de la dilution du national par la globalisation — en se mettant dans un système de pensée, y compris celui de la décroissance, on se sécurise.

  • Le néolibéralisme a donné naissance à la révolution conservatrice impulsée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Déferlant sur la planète, cette contre-révolution sociale, taille des croupières aux États interventionnistes de l’après-guerre : austérité monétaire, rejet des politiques de relance keynésiennes, privatisation des entreprises publiques, remise en cause des aides sociales, ouverture des économies. 

  • - Depuis près de 40 ans sévit une consensuelle politique de mondialisation du capitalisme : l’ultra libéralisme. Elle s’exprime par une mise en concurrence des populations, une casse sociale généralisée, des délocalisations de « savoir-faire » et un nivellement par le bas des salaires et des standards sociaux. La mise à sac des droits du peuple a été gérée par des « partis de gouvernement », à « droite » comme à « gauche ». Cette décadence du politique se traduit par une pauvreté et une précarité féminines croissantes ; plus d'un million de jeunes qui ne sont ni dans l’éducation, ni dans l’emploi, ni en formation ; le paysan n'est que souffrance quand le chômeur s'enferme dans la circularité de ses problèmes quotidiens. C'est maintenant une évidence pour tous que la vie en société détermine notre vécu : le stress, l’anxiété et la dépression  transforment les inégalités sociales en inégalités de santé (1). Pour tous les « handicapés » de la citoyenneté, comme celle ou celui qui vit réellement dans un corps brisé par le handicap, le présent se vit en cauchemar et l'avenir n'est qu'un rêve !

  • L’heure est toujours à l’exaltation du marché, qu’il faut libérer des « entraves » et des « distorsions » induites par l’action des gouvernements.

Le temps des certitudes est dépassé. Quand les remises en cause deviennent individuelles, le système est en faillite complète.

Toute théorie complexe à vocation totalisante est susceptible de fonctionner comme un cheval de Troie de l’erreur. Plus la théorie est géniale, plus les erreurs qui s’y lovent, risquent de passer inaperçues et de peser lourdement. Lorsqu’on est ébloui, la vue se brouille

On retrouve ainsi des démarches réductionnistes chez les économistes ou les politiciens qui réduisent toute la société aux décisions d' un individu « égoïste » cherchant à optimiser sa situation. Et des démarches holistes chez ceux (quelques fois les mêmes à d'autres moments) qui voient dans la main invisible du marché le recours infaillible à tous les problèmes de la société.

Or, si la science n'est pas le constructivisme, il convient de reconnaître que, mise au contact du social, l'économie perd tout caractère scientifique et qu’avec une illusion de certitude politique, nous vivons dans un monde de probabilités.

Le fait, qu'une théorie économique soit inévitablement réductrice, ne l'invalide pas pour autant. Quand elle s'étaye empiriquement sur le long terme, elle nous éclaire sur une partie de la réalité.

C'est ainsi qu'une étude des données économiques aux États-Unis, remontant jusqu'en 1929, confirme la théorie de la valeur et celle de la baisse tendancielle du taux de profit. Analyse menée par Andrew KLIMAN

Ainsi, pour KLIMAN, notre monde actuel, avec sa logique productiviste, ne pourrait survivre qu'en détruisant, massivement, la valeur des immobilisations existantes et en sortant des contraintes du libre-échange. En raison de la financiarisation à outrance, ce sont des actifs financiers qu’il convient d’effacer en premier

L'autre solution ou complémentaire est le recours à l'inflation qui participera à la destruction d'actifs tout en résorbant partiellement les dettes nationales. Et à défaut de cette dernière, les néolibéraux appliqueront la politique du pélican dans le désert : la chasse à ces mêmes dettes, fussent-elles illégitimes !

1- «  L'égalité c'est la santé », par Richard WILKINSON, Demopolis 

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L'être-marchandise

Daniel Adam
Notre système économique, et donc politique, poursuit son chemin dévastateur. 

Il égalise tout, balaie toutes ces valeurs qu'étaient l’humanisme, la foi en l’homme.

Le seul critère est désormais la valeur financière d’un objet, d’une œuvre, d’une personne. Dans cette société-là, la concurrence est généralisée, les rapports de marché sont étendus à tous les aspects de la vie, la culture entre dans la logique pure du profit, d’où la crétinisation générale et décomplexée.

Nos meilleurs crétins "sortent" de l'ENA, de Sciences Po et de l'Ecole Polytechnique !

L’ENA produit une corporation fondamentalement antidémocratique. Polytechnique a perdu son sens de l’État. Sciences Po s'éloigne de l'orbite républicaine. Ces trois écoles ne forment que des serviteurs ! En aucun cas, des décideurs en milieu incertain. 

Imposture des experts

Daniel Adam
Article paru dans Politis n° 1198

Pendant que l’hymne à la rigueur, louant les vertus de la « discipline budgétaire » et des plans d’austérité infaillibles, domine le débat public, un petit cercle d’économistes vedettes est appelé à la rescousse pour faire part de ses réflexions sur la crise européenne de la dette qu’il n’a pas vu venir. Leur analyse est inspirée du modèle néolibéral dominant. Les États doivent se présenter devant le tribunal des marchés financiers et respecter rigoureusement leurs lois : réformes fiscales favorables aux revenus du capital, baisse des dépenses publiques, flexibilité, privatisations…